Les Cancans du Bazar

« -Non mais en fait on ne l’a jamais vue cette fille… Mais tu vois, je pense qu’elle dit la vérité ! »

-Hmm hmm. » acquiesce Irène, la bouche emplie de steak au poivre, garniture macaronis, courgettes vapeurs.

Table opposée :

« -Je me disais que si on partage une chambre qu’on réserve sur internet en logeant chez l’habitant, ça ne nous coutera vraiment pas cher. Comme ça on pour faire de la rando tous les jours. » Réponse équivalente de Pierrette, homologue d’Irène, dont la bouche est quant à elle garnie de champignons à la grecque…

Vous êtes au 5ème étage d’anciennement le Bazar de l’Hôtel de Ville, qu’il faut surnommer désormais Bazar Marais. Ils n’essaieraient pas de se rajeunir à la direction ? Et bien ils sont mal barrés c’est moi qui vous l’dit !

Assiette-de-crudites

Tiens le réveil de la marmotte, me direz- vous ! Je sais que le Printemps est installé depuis un moment et que l’hibernation de ces lignes depuis fin janvier est inacceptable et je m’en excuse platement. L’immersion totale en milieu professionnel ces derniers temps a eu raison de mon temps et ce n’est pas moi qui m’en plaindrait… ces derniers temps.

Rumour has it

 Voici donc un petit instant cancans où je m’en vais jouer les rapporteuses de l’un de mes péchers mignons : traîner mes jeunes oreilles à la cantoche du BHV au beau milieu des Dames à mises-en-plis.

Mon travail me conduit régulièrement dans les « départements » du BHV, temple incontestable de tout décorateur pressé cherchant à la fois 18 coussins, 3 stores de 120 couleur champagne,  24 cadres, du WD40 ou des vis à placo. Ainsi, lorsque j’arpente les allées aux alentours d’un horaire se rapprochant de celui du déjeuner, et si j’estime l’avoir mérité (!), je m’accorde un passage dans la dimension de la « Cantine du Bazar » pour m’évader quelques instants. Une vraie cantine-self, avec plateau moucheté gris clair et verre fourni à la caisse. Sections viande, plats du jour, entrées à composer soi-même, fromage en portions et étalage de desserts. Une vraie folie quoi.

Sel-et-poivre

Bien évidemment je n’y vais pas pour la qualité de la gastronomie, quoique j’y ai mes petites habitudes : l’assiette de crudités à répartir soi-même dans une assiettes de 13cm de diamètre me donne l’alibi parfait pour une écoute de 10 ou 15 minute dans la salle. On y trouve toujours la même « diversité » : salade de pommes de terre, salade de pâtes, céleri rémoulade, salade de chou, champignons à la crème, taboulé. C’est rapide, pas cher et finalement acceptable.

Mais l’assiette on s’en fout. Une fois passée la frontière de la caisse où l’on vous octroie VOTRE serviette en papier, vous pénétrez dans l’aire des tables avec vu sur l’Hôtel de Ville, qu’on y verrait presque un employé refermer la lucarne des toilettes.

Vers 13h on fait salle comble : moyenne d’âge 68 ans, pourcentage de femmes 98,5 %, moyenne des convives par tablée 2,2.

Les Pintades à Paris

Un océan de paires d’yeux lunettés jette un regard à l’individu visiblement trop jeune que je suis pour m’être égarée ici. Les quelques Bonshommes en profitent. Le Senior n’a pas la mirette dans sa poche. C’est bien pour ça qu’ils ne sont qu’une poignée tentant de draguer la flopée de copines retraitées en train de commérer. Ils ont eu l’info qu’il y avait un vivier parsi ! Le ratio semble intéressant, mais selon moi pas si rentable. Comme je vous le disais, ces dames forment souvent une tablée de deux ou trois maximum, l’une mène la conversation tambour battant pendant qu’une Irène ou une Pierrette sert de spectatrice impliquée. Et là voyez-vous Messieurs, ce n’est pas une question d’âge : les déjeuners entre filles ça reste des déjeuners entre filles où il n’y est question d’entrave masculine.

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Mais il se peut que je me trompe. Le BHV est peut-être LE lieu des rencontres after-work pour « gens qui ont du temps »…

Nous sommes donc 4 à avoir moins de 65 ans dont un jeune homme, costume noir et collé au mur, qui a trouvé la parade aux pépiements ambiants de la Cancantine en se vissant un casque sur les oreilles. Il rate tout le bougre. Moi je n’en perds pas une miette.

Tout ça pour vous dire qu’au 5ème étage du grand magasin, vous pourrez croisez des Vieilles qui parlent de l’affaire Georges Tron, de couch surfing (je suis tombée des nues !) ou de leurs amis qui ne sont pas là et qui ont donc forcément tort, mais rarement de doubles rideaux. Avant d’entamer le dessert ou votre café gourmand, jetez un oeil par la fenêtre : vous pourrez juger de la queue pour l’expo en cours de l’Hôtel de Ville et y filer si cela vous chante une fois redescendu de la quatrième dimension ;) Pour Brassaï c’est comme ça que j’y suis allée et c’est un merveilleux souvenir.

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